Les Antilles sont derrière eux ! C'est ce vendredi que les leaders de la Transat Jacques-Vabre,
Marc Guillemot
et Charles Caudrelier, ont franchi l'arc antillais, entre Marie-Galante et la Dominique. A 1300 milles de l'arrivée à Puerto Limon (Costa Rica), les deux skippers comptaient une cinquantaine de milles d'avance sur Groupe Bel (Kito de Pavant-François Gabart), désormais le seul à pouvoir les priver de victoire. Joint vendredi matin entre deux manoeuvres,
Marc Guillemot
nous a confié ses sentiments.
Marc, pouvez-vous nous décrire où vous êtes actuellement (vendredi à 10h) ?
Nous sommes à côté des Saintes, avec la Dominique sur notre gauche, nous sommes auparavant passés sous Marie-Galante. Ce point de passage de l'arc antillais, nous l'avons choisi une centaine de milles avant. Au départ, on avait plutôt envisagé de passer au sud de la Dominique, mais l'alizé s'est renforcé et l'angle a changé. Du coup, on a changé de cible en visant Marie-Galante et les Saintes. Il a fallu affiner notre choix aux conditions et aux grains, ce n'est jamais facile d'optimiser le passage d'un canal, comme ça.
Vous êtes solidement installé en tête, seul Groupe Bel semblant en mesure de vous contester la victoire, comment aborder la fin de course ? En le marquant ou en vous préoccupant avant tout de votre trajectoire ?
Il va y avoir un peu des deux. Forcément, on va contrôler ce que fait Kito, mais il faut aussi qu'on fasse notre route, le parcours est encore assez long. Et ce n'est pas toujours facile de contrôler, surtout pendant la nuit car on a une période de huit heures sans recevoir les positions des autres, donc il faut déjà arriver à faire la meilleure trajectoire possible et surtout effectuer les bons choix stratégiques.
Est-ce un avantage ou un inconvénient de lutter avec un bateau qui est le jumeau du vôtre ?
C'est un avantage parce qu'on sait qu'il ne va pas plus vite, mais en même temps, c'est un inconvénient, car il va au moins aussi vite... Vous me suivez ?
"Au sud, ils ont pris un caramel..."
Comment sont le bateau et les hommes après douze jours de mer ?
Le bateau va bien, il n'y a pas de souci de pièces mécaniques, en revanche, les bonshommes sont un peu crevés. On a manoeuvré toute la nuit, du coup on n'a pas dormi. Si vous ajoutez en plus l'accumulation des douze premiers jours de course, ça commence à peser.
Est-ce une surprise pour vous de vous retrouver aux commandes de cette Transat Jacques-Vabre au moment d'aborder la dernière ligne droite ?
Une surprise, je ne sais pas. On a tout fait pour être dans cette position, donc faut-il s'en étonner ? Pour ma part, non. En revanche, on aurait pu imaginer une autre concurrence à proximité, ce n'est pas le cas, c'est finalement ma seule source d'étonnement, mais ça ne nous empêche pas d'espérer le meilleur pour nous. Me retrouver en pole position compte tenu du potentiel du bateau, de notre connaissance du bateau, ce n'est pas une surprise.
Pouvez-vous revenir sur votre choix effectué en sortie de Manche de jouer la ligne directe, quitte à affronter le gros des dépressions qui vous sont tombées dessus ?
Dès le début, certains ont choisi de plonger dans le sud, nous, on ne l'a pas fait, car on ne voyait pas trop de porte de sortie. On a donc décidé d'aller affronter la dépression avec Sébastien Josse (BT), Kito de Pavant (Groupe Bel), Mike Golding (Mike Golding Yacht Racing) et
Dee Caffari
(Aviva). Je respecte totalement l'option sud, mais nous, on se disait que si on ne continuait pas tout droit, on allait se prendre un caramel. Et c'est ce qui s'est passé, ils ont pris un caramel...
Même quand vous avez vu la grave avarie subie par Sébastien Josse et Jean-François Cuzon sur BT, vous n'avez pas douté ou regretté ?
Non, on n'a jamais eu de regrets. C'est clair que ce n'était pas très confortable, ça tapait et ça mouillait beaucoup, on est toujours un peu inquiet dans ces conditions, car le bateau et les bonshommes souffrent dans la mer dure. Mais ces choix, il fallait les assumer, et on n'était pas les seuls à les faire, puisqu'il y avait de super équipages et des bateaux de référence qui se sont bagarrés avec nous. Après, ça ne fait jamais rigoler de voir un bateau et les copains en difficulté comme ça, on a d'ailleurs failli aller les assister sur le coup, ça n'a finalement pas été nécessaire...
(Il coupe)
. Bon, je dois vous laisser parce qu'on a une manoeuvre à faire, au revoir...
(sur la carte, on verra quelques minutes plus tard que Safran a empanné sous les Saintes)
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